LA BOUTIQUE EST FERMEE

Nous revenons du Japon où nous avons marché sur une route sacrée, avec dans notre sac à dos bols et fouets pour préparer du thé tout en cheminant. Nous avons rencontré des femmes et des hommes qui ont voué leur vie au Thé, écouté leurs enseignements, partagé leurs émotions.

Du Senchado au Chanoyu, nous avons beaucoup de choses à vous raconter sur TEMAE.

Nous fermons la boutique actuelle, tout en laissant la Gazette accessible, pour vous retrouver bientôt sous une toute nouvelle forme.

LA GAZETTE EST ICI
Nous vous remercions toutes et tous pour la confiance que vous nous avez témoignée.

Quatre soldats d’Hubert Mingarelli

23 mai 2004
Auteur(e) : 
« Quand nous sommes arrivés au camp, le matin avait passé, le soleil était haut. Il était l’heure de manger. La cuisine était installée sous le bois de sapins. Il y avait un foyer en pierres, des tréteaux avec des planches posées dessus. Les casseroles, seaux, louches, étaient suspendus aux arbres par des clous. Derrière on apercevait le bureau de la compagnie qu’on avait construit sous un auvent de branchages.
Le cuisinier était si content qu’on lui ramène un cochon qu’il nous a servis largement, et nous a donné en plus une bonne pincée de thé en poudre que Sifra a tenu dans le creux de sa main, précieusement. Il était rare d’avoir du thé.
Nous avons demandé au sergent Ermakov s’il voulait venir le boire avec nous. Il nous a répondu :
- Vous en faites pas pour moi.
Ce qu’il voulait dire par là, nous ne l’avons pas compris. Nous sommes allés à la tente, Pavel a allumé un feu, et nous avons mangé en écoutant l’eau siffler dans notre bouilloire.
Nous avons vite fini de manger pour nous occuper du thé.
Mais nous avions un problème. Il se posait chaque fois que nous réussissions à avoir du thé. Avec ce que nous avait donné le cuisinier, il y avait comme d’habitude de quoi faire la moitié d’une tasse de vrai thé. Nous étions quatre.
Alors, si nous mettions beaucoup d’eau, le thé n’avait pas beaucoup de goût. Si nous en mettions peu, il avait un vrai goût de thé, seulement nous ne pouvions en boire qu’une ou deux gorgées chacun. Nous discutions parfois très longtemps avant d’infuser.
Cette fois ça a été un peu plus vite, on n’a pas fait d’histoires. Tous les quatre on a été d’accord pour infuser dans peu d’eau. Ainsi il était bien fort, comme nous le préférions. Nous l’avons gardé dans la bouche jusqu’au moment où il est devenu tiède. Alors seulement nous l’avons avalé. C’était rapide, et aussitôt après l’avoir avalé, on aurait tous bien aimé revenir une minute en arrière.
À peine bu, c’était déjà un thé plein de nostalgie.
Mais c’était quand même mieux que pas de thé du tout. »