Issa, selon Philippe Forest dans Sarinagara
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"Kobayashi Issa naît en 1763. Au cinquième jour de la cinquième lune, disent les calendriers japonais. Il ne se prénomme pas Issa mais Yatarô. Issa est le nom qu’il s’est choisi à l’âge de vingt-neuf ans. L’un de ses poèmes précise que ce fut à l’arrivée du printemps. La légende rapporte qu’il avait songé aussi à s’appeler Kobayashi Ikyo. Ou encore Nirokuan Kikumei. Changer de nom fut pour lui l’indice d’une renaissance qui eut lieu, a-t-il dit, dans le temple de la poésie. voici le printemps - Yatarô naît de nouveau - sous le nom d’Issa Issa signifie une tasse de thé. Un jour de sa jeunesse, l’homme contemple l’eau verte et brûlante dans laquelle, parmi le dépôt des feuilles, il lit la forme de son nom. Le thé est bouillant, il mord ses lèvres et desquame le sommet de son palais. Quand Issa pose la tasse sur la table de bois, il voit les cercles qui cognent en ondes inégales aux parois du récipient et tout un remuement d’ombres et de rides dans la profondeur du liquide : sur la mousse verte - thé de la nouvelle année - une bulle seule Issa s’invente un nom et, de ce nom, il signe son premier poème. Et le nom que ses parents lui ont donné, il l’échange contre une simple tasse de thé : il l’abandonne pour rien, il devient lui-même ce rien. On peut bien entendu accorder toutes sortes de significations édifiantes à cette anecdote. Pour l’expliquer, Issa lui-même raconte qu’un poète errant ne peut être autre que ce qu’il est, semblable à une vague qui doit se briser sur la plage, acceptant la loi de son existence éphémère. Mais peut-être ne prête-t-il pas à la chose davantage d’importance qu’à une plaisanterie. Il en a déjà trop vu pour confondre la poésie vraie et la prière satisfaite. Il sourit de toutes les superstitions. Si sa vie est exemplaire, quant à moi je le crois, c’est qu’elle est comme la nôtre sans savoir ni secours." Sarinagara de Philippe Forest Editeur : Editions Gallimard (20 août 2004) Collection : Blanche Langue : Français ISBN-13: 978-2070771974 |



