Boston Tea Party

18 mai 2005
Auteur(e) : 
À la suite de la guerre de Sept Ans (1756-1763), l’Angleterre connaît une importante crise financière qui l’oblige à surtaxer de nombreux produits, en particulier ceux destinés aux colonies, dont le vin, le sucre, la mélasse et le thé. En décembre 1773 eut lieu dans le port de Boston un événement qui, en raison de sa tournure spectaculaire et de son caractère symbolique, fut considéré comme le premier acte de la guerre d’indépendance que livrèrent les colons américains à l’Angleterre : la « Boston Tea Party ».

Cette manifestation d’humeur fait suite à une longue série de malentendus entre la colonie et le gouvernement de Londres.

Depuis longtemps, les colons des Treize colonies anglaises d’Amérique du nord se plaignent de ne pas être représentés au Parlement de Westminster. Ils affichent leur loyauté à la couronne mais réclament d’être considérés comme des citoyens à part entière et aplliquer le principe selon lequel un territoire non représenté ne pouvait pas être imposé (« no taxation without representation »).

En 1765, le Parlement ayant décidé d’imposer un timbre fiscal sur tout acte public ou document imprimé, les colons s’en prirent aux percepteurs, les suspendant à des mâts ou les enduisant de goudron et de plumes. L’un des protestataires était John Hancock. En 1768, il fut accusé de faire de la contrebande avec sa corvette, la Liberty, qui fut alors saisie. Il fut alors défendu par John Adams (qui deviendra plus tard président des États-Unis) et le procès fut classé sans suite. Au bout de trois mois, la loi du Stamp Act est abandonnée.

Les protestations publiques sont le fait d’une organisation secrète, les Fils de la Liberté, menée par John Lamb et Isaac Sears. Au milieu de danses et de cortèges joyeux, ils érigent des « mâts de la Liberté » surmontés de masques diaboliques pour dénoncer l’autoritarisme de Londres. La troupe réagit avec violence, abattant les mâts et chargeant la foule à la baïonnette. Le 5 mars 1770, une échauffourée se solde à Boston par la mort de 5 manifestants. Ce « Bloody massacre » engendre beaucoup de ressentiments contre le pouvoir de Londres.

Les colons, dont Hancock, organisent un boycott du thé de Chine vendu par la Compagnie anglaise des Indes orientales. De nombreux tracts sont distribués. Dans plusieurs journaux paraît une « déclaration de renoncement au thé ». Les colons remplacent le thé par des infusions d’herbes ou de baies locales, par du café, ou par du thé de contrebande importé surtout par des marchands hollandais.
À partir de 1773, la Compagnie est confrontée à la concurrence de la contrebande et ne parvient plus à vendre suffisamment de thé. Le gouvernement britannique promulgue alors le « Tea Act » qui donne à la Compagnie le monopole du commerce du thé sans passer par les intermédiaires coloniaux.
En décembre, trois navires de la compagnie, le Darmouth, l’Eleonor et le Beaver accostent au port de Boston. La Compagnie des Indes orientales veut essayer de débarquer du thé avec le soutien du gouverneur et de l’armée. Durant la nuit du 16 décembre, un groupe de patriotes dirigés par le marchand John Brown, prennent d’assaut les bateaux et jettent la cargaison de thé à la mer (343 caisses d’une valeur de 100.000 livres).



Cette action provoqua diverses réactions dont celle de Benjamin Franklin qui proposa de rembourser lui-même la cargaison de thé. Le roi George III décidera en représailles de fermer le port de Boston en attendant d’être entièrement dédommagé.

Cette rébellion américaine est un des premiers signes du malaise entre la couronne britannique et ses 13 colonies américaines. Elle amorcera le processus d’indépendance en Amérique du Nord.

Voici le témoignage d’un des protagonistes de la Boston Tea Party, M. George Hewes :

"Le thé qui a été détruit se trouvait dans trois bateaux amarrés côte à côte à ce que l’on appelait alors le quai Griffin. Ils étaient entourés par des navires de guerre armés dont les capitaines avaient publiquement déclaré que si les rebelles, comme ils se plaisaient à dénommer les Bostoniens, ne retiraient pas leur opposition au déchargement du thé avant une date fixée au 17 décembre 1773 ils seraient contraints de le débarquer de force sous la protection des canons.
La veille du 17 décembre, les citoyens du comté de Suffock ont été convoqués à une réunion, qui eut lieu dans l’une des églises de Boston, pour déterminer quelles mesures expédientes devraient être prises pour empêcher le déchargement du thé ou l’encaissement des droits. Au sein de cette assemblée un comité fut nommé pour s’adresser au gouverneur Hutchinson et lui demander de les informer s’il allait prendre des mesures de façon à satisfaire le peuple sur l’objet de la réunion.
A la première demande de ce comité le gouverneur leur a dit qu’il leur donnerait une réponse définitive avant cinq heures de l’après-midi. A l’heure dite, le comité s’est de nouveau rendu au domicile du gouverneur et a appris qu’il était parti pour son manoir de Milton situé à une distance d’environ dix kilomètres. Lorsque que le comité est retourné informer l’assemblée de l’absence du gouverneur, il y eut un murmure confus parmi les membres et l’assemblée s’est immédiatement dissoute, beaucoup entre eux criant « Que chacun fasse son devoir, et soit fidèle à son pays » ; on évoquait bruyamment le quai Griffin.
Le soir était à présent arrivé, je m’étais immédiatement habillé en indien, armé d’une hache que moi et mes associés avions dénommée tomahawk ainsi que d’une massue et après m’être peint le visage et les mains avec de la poussière de charbon de chez le forgeron, je suis allé au quai Griffin, où se trouvaient les bateaux contenant le thé. Quand je suis arrivé dans la rue ainsi déguisé j’ai retrouvé des camarades habillés, armés et peints comme moi, et nous avons marché en rang jusqu’à notre destination.
Quand nous sommes arrivés sur le quai trois d’entre nous, auxquels nous nous sommes volontiers soumis, ont pris la direction des opérations. Ils nous ont divisés en trois groupes pour que nous abordions à la fois les trois bateaux qui contenaient le thé. Le nom de celui qui commandait le groupe auquel j’étais assigné s’appelait M. Léonard Pitt. Je n’ai jamais su le nom des autres commandants.
Les commandants respectifs nous ont ordonné immédiatement d’aborder tous les bateaux à la fois et nous leur avons obéis promptement. Le commandant de mon groupe m’a nommé maître d’équipage dès que nous fûmes à bord et m’a ordonné d’aller demander au capitaine de me donner les clés des écoutilles et une douzaine de bougies. J’ai donc fait la demande et le capitaine a répondu rapidement en me fournissant les articles mais il m’a demandé par la même occasion de ne pas endommager ni le bateau ni le gréement.
Puis notre commandant nous a ordonné d’ouvrir les écoutilles, de sortir les caisses de thé et de les jeter par dessus bord et nous avons exécuté immédiatement ses ordres, coupant et fendant les caisses avec nos tomahawks pour les exposer à l’effet de l’eau.
À peu près trois heures après que nous soyons arrivés à bord, nous avions cassé et jeté à l’eau toutes les caisses de thé qui se trouvaient sur le bateau pendant que ceux qui étaient sur les autres bateaux s’étaient débarrassés du thé de la même façon et en même temps. Les navires de guerre britanniques nous encerclaient mais n’ont pas essayé de s’opposer à nous.
Après chacun est rentré chez soi sans se parler et sans essayer d’apprendre l’identité de ses associés. Je ne me souviens pas avoir jamais su le nom d’un seul individu concerné par cette affaire sauf celui de Léonard Pitt, le commandant de mon groupe, que j’ai déjà mentionné. Il était sous-entendu que chaque individu devait offrir volontairement ses services, garder son anonymat et assumer les conséquences lui-même. Il n’y a pas eut de désordre pendant l’opération et il s’en est suivi une des nuits les plus tranquilles que Boston ait connu depuis des mois.
Pendant que nous jetions le thé dans l’eau, quelques-uns des citoyens de Boston et de ses environs ont essayé d’emporter de petites quantités de thé pour leur famille. Pour se faire ils attendaient l’occasion de le ramasser sur le pont où il était dispersé en abondance et le mettaient dans leurs poches.
Un certain capitaine O’Connor que je connaissais bien est venu à bord avec cette intention et quand il a pensé que personne ne l’observait il a rempli ses poches et la doublure de son veston. Mais je l’ai découvert et en ai informé le commandant. Le commandant nous a ordonné de l’arrêter et juste au moment où il descendait du bateau, je l’ai pris par le bord de son veston, et en essayant de le retenir, je l’ai déchiré sa veste ; mais sautant en avant, par un effort rapide, il s’est échappé. Cependant, il a du se frayer un passage à travers une foule hostile qui lui donnait des coups de pied et des coups de poing.
Un grand vieil homme qui portait un grand tricorne et une perruque blanche, qui était à la mode cette époque là, a également essayé de récupérer un peu de thé des restes de la cargaison. Discrètement, il en a mis un peu dans sa poche mais quand il a été découvert, ils l’ont attrapé et lui ont ôté le chapeau et la perruque de sa tête et les ont jeté à l’eau en bloc avec le thé qu’ils avaient retiré de ses poches. Considérant son âge avancé, on lui a permis de s’en aller avec un coup de pied léger de temps en temps.
Le matin suivant, après que nous nous soyons débarrassés du thé des bateaux, nous avons découvert qu’il y avait toujours des quantités considérables de thé qui flottaient à la surface de l’eau. Pour ne pas donner la possibilité à qui que ce soit de le récupérer, des marins et des citoyens se sont rendus en petits bateaux aux endroit du port où flottait le thé et, en le battant avec des avirons et des rames, l’ont mouillé complètement assurant son entière destruction."
M. George Hewes, 16 décembre 1773

Pour lire le témoignage original en anglais cliquer ici.